Lettre aux parents confinés - Avril 2020

Bonjour à tous,


En cette période de crise, alors que nous sommes tous confinés pour des raisons d’urgence sanitaire, j’avais envie de vous dire deux ou trois choses,  pour vous aider dans la gestion du quotidien avec vos petits pitchouns.
La situation n’est peut-être pas facile pour la plupart d’entre vous : 

Avant, la plupart avaient l’habitude de confier son enfant à la crèche ou à une assistante maternelle, le matin, à temps partiel ou  temps plein, et n’être avec eux que les WE ou sur certains temps de vacances; aujourd’hui, vous êtes à temps plein avec eux.
La base d’une journée en crèche est basée sur ce que l’on sait des besoins de l’enfant aujourd’hui :
Tout d’abord  préserver un bon niveau de sécurité affective

aujourd’hui, en restant à la maison, l’enfant n’a plus à supporter ces angoisses de séparation qui parfois encore le perturbaient le matin, et pourtant ces séparations sont structurantes, parce que toute vie est faite de séparations. Pour grandir, il faut s’autonomiser. D’autre part, l’enfant pourrait croire qu’il lui suffit de vouloir que le parent reste pour que ça marche, or il intègre aujourd’hui qu’il ne maîtrise pas le monde et encore moins les adultes, ses jouets oui.  Il a à apprendre à faire la différence, alors que le besoin de maitrise est là.
Cette sécurité affective  dépend aussi du stress ambiant, or nous y voilà ! ça me fait penser au film « la vie est belle » regardez le si vous le ne connaissez pas, c'est absolument intéressant même si c’est complétement fictif. On voit bien dans ce film comment l’enfant va supporter une situation insupportable grâce au filtre parental, son, père qui lui raconte que c'est un jeu, jusqu’à la fin. Aujourd’hui, il n’est pas question de mentir à l’enfant, il est important de mettre du sens sur  ces changements de repères en lui expliquant simplement que la crèche est fermée  et que vous devez rester  la maison pour vous en occuper d’autant plus si vous-mêmes ne pouvez plus aller au travail. Si cette situation vous stresse, comment calmer l’angoisse : en respectant les directives de précaution, en calmant le flot émotionnel par une activité agréable et surtout en ne vous connectant pas aux médias  ou le moins possible ! la peur n’est pas le danger, en tant qu’adulte nous le savons. Donc concentrons nous sur le présent comme le font les enfants. Il existe une application « Petit bambou » qui dure 7mn pour apprendre à se poser, c’est une  initiation à la méditation. C’est bon pour les grands et les petits, peut-être même allez-vous y prendre gout ! Certains parents le font avec leur enfant.
On ne le dira jamais assez, il faut absolument éviter ou limiter les écrans, pour les jeunes enfants, surtout les tout petits, surtout le matin et le soir avant le coucher . On sait bien que c'est la solution facile pour avoir la paix, comme le reconnaissent de nombreux parents. Le cerveau est un organe fragile qu’il faut ménager. (Serge Tisseron a fait de nombreuses communications sur le sujet « pas d’écran avant 3 ans ») J’ai aussi envie d’ajouter que s’ennuyer est une bonne chose, apprendre à traverser ces moments de flou pendant lesquels on ne sait plus quoi faire, ou bien on se sent seul, or ces ressentis révèlent des zones d’apprentissage à développer. Il faut apprendre à s’occuper seul de temps en temps, ce que cet évènement nous oblige à faire.
Le tout petit, même bébé, n’a pas toujours besoin de sa mère ou de son père ; pour s’occuper, il a des mains, des yeux, des oreilles, des pieds…. C’est déjà out  un programme ! L’enfant qui se plaint ne fait qu’exprimer un malaise. Jacques Vigne dit à ce sujet d’ailleurs que des la naissance l’enfant s’exprimer par une plainte et comme il a une réponse positive, il recommence !! Il ne sait pas tricher, il va bien, il le montre, il va mal, il le montre. 


      1.

A nous d’accueillir ces mots et ces comportements et lui disant par exemple: « oui je vois que tu t’ennuies,….. ou je vois que tu n’es pas content…. ou que tu as besoin de bouger ».
 Le confinement n’est pas facile à supporter, c’est frustrant et c’est aussi un principe de réalité auquel nous devons nous plier, et non nous soumettre.  Le corps a besoin de mouvement, chez certains plus que chez d’autres. Il n’est pas interdit de sortir, il faut juste rester prudents. Et à l’intérieur, laissons les enfants bouger s’ils en ont besoin de temps en temps, tout en veillant à ce que ça ne déborde pas.
Le cerveau immature génère des comportements pulsionnels  directement  liés aux émotions, de joie de tristesse ou de colère, entre autres. C'est très souvent bruyant, là aussi tout dépend des enfants.  A la moindre frustration (je n’ai pas ce que je veux) l’enfant va manifester son désaccord, c’est viscéral au premier sens du terme, c’est donc normal.  Or, la frustration arrive toujours à un moment ou à un autre de la journée. Elle fait partie de la vie et s’oppose au principe de plaisir, donc le cerveau se rebiffe et se manifeste. Voyez comme il nous est difficile à nous aussi adultes de nous plier à certaines règles même quand la situation est grave.


L’enfant a besoin de repères


Parce que son cerveau est encore très immature, les besoins ne sont pas régulés par la pensée (cerveau cognitif) Ils sont au plus près du corps. Besoin de manger, de dormir, de bouger, de manipuler, d’explorer. Parallèlement à cela, ils ont aussi besoin d’être contenus, d’être portés, d’être accompagnés, d’être rassurés ; tout est une question d’équilibre et garantit leur sécurité affective et leur bien-être. Les très jeunes enfants passent vite d’une activité à une autre. Les temps sont repérés : temps de jeu/activités, temps de pause, repas, sieste, gouter, jeu libre. C’est dans ces temps que l’enfant apprend les règles de vie et le cadre que l’adulte garantit pour le contenir.

A la crèche, tout est fait pour que l’enfant soit libre lors des activités sous le regard attentif de l’adulte. Les temps sont repérés et alternent entre temps de jeu ou d’activité et temps de pause  comme les comptines avec l’adulte, les temps de lecture ; ce que les enfants apprécient au plus haut point.  Très souvent, c’est la proposition de la lecture d’un livre qui leur permet de passer au calme lors des séparations  difficiles le matin . Il suffit de s’asseoir avec un livre pour qu’une grappe d’enfants apparaisse rapidement autour de l’adulte. Ce temps est d’autant plus important que c'est un temps de jeu verbal, d’échanges de communication et donc de pur langage avec l’enfant. Il peut être intéressant de lui parler de la crèche de temps en temps pour  entretenir ces souvenirs et préparer le moment du retour et donc à nouveau du changement de repères.


Le repas


A heure fixe et pas de grignotage entre les repas, parce qu’alors il ne s’agit pas d’une envie mais d’un besoin. L’adulte  est là pour satisfaire les besoins de l’enfant et veiller à sa santé. Le fait de manger peut-être considéré par certains comme une activité, s’en est une mais ça n’est pas un passe-temps. Manger c’est se nourrir et partager un moment de convivialité avec ses proches, ce qui constitue aussi pour l’enfant un moment d’apprentissage du vivre ensemble. Le repas n’est pas un champ de bataille, alors pas de conflit. Une négociation, un cadre , des règles à intégrer petit à petit.
Pour l’enfant tout est bon pour s’opposer ou s’affirmer, ce qui est équivalent, alors pourquoi pas au moment du repas, quand l’enfant se manifeste : « j’en veux pas «  « c'est pas bon ! » « j’ai pas faim ! »Notez le négatif, on s’affirmer bien dans l’opposition ! Il ne veut pas manger, pas de problème il mangera mieux au repas suivant. Il repousse son assiette, vous le prévenez que s’il pousse l’assiette c’est qu’il ne veut plus manger. Il ne veut pas de ça, il n’y a rien d’autre entre plat dessert.  A la crèche, nous proposons un plateau repas à l’enfant. Il mange donc à sa façon dans l’ordre qu’il veut avec un peu de pain et un verre d’eau.      


2.

Le sommeil


 Il est important de respecter ces temps de pause même si l’enfant rechigne à y aller . Parfois, il s’agit de décaler de quelques instants, question de maitrise  ou de gestion de la frustration, quand il n’a pas fini de faire ce qu’il fait. Il est important là aussi d’écouter ce que dit l’enfant tout en gardant le cadre. Tu dors  ou tu ne dors pas, là c'est l’heure de se reposer. Pour les plus grands, j’ai l’habitude de préconiser la position des aiguilles sur la pendule, « quand la grande aguille est là c’est l’heure d’aller se reposer ».    

Préserver votre temps et votre espace à vous aussi adulte, ou celui des frères et soeurs. Cela fait partie des apprentissages de l’enfant.        

Les petits enfants qui grandissent découvrent un monde qu’ils croient pouvoir maitriser et en même temps qu’ils ne le peuvent pas. Cela va donner des manifestations émotionnelles plus ou moins fortes qu’il est tout à fait important d’accepter et de calmer puisque cela non plus ils ne peuvent pas encore les contrôler.  Même les enfants qui parlent bien ont encore un niveau de maturité assez primaire qui ne leur permet pas de se raisonner. Savoir ne suffit pas il faut que ce soit intégré de façon mature, et cela prend du temps, quelques années, le temps de l’enfance !


Je vous souhaite bon courage à tous et n’oubliez pas d’en profiter aussi, même si les conditions ne sont pas idéales.